“Celtique ?” : L’exposition coloniale anti-celtique, anti-bretonne dénoncée en termes justes par l’artiste Gwennyn

“Celtique ?” : L’exposition coloniale anti-celtique, anti-bretonne dénoncée en termes justes par l’artiste Gwennyn

[PNB] L’artiste bretonne Gwennyn a publié une réaction courageuse en réaction à l’exposition coloniale “Celtique ?”, d’inspiration franco-marxiste, au très mal nommé Musée de Bretagne, à Rennes.

A l’heure où l’exposition « Celtique ? » au Musée de Bretagne ferme ses portes et sur le point d’être démontée, je me pose la question sur les motivations réelles de ses instigateurs… Sous le prétexte de vouloir informer la société du produit de leur recherche historique (supposée scientifique et rigoureuse alors qu’en définitive, elle ne l’est pas vraiment), je ne peux m’empêcher de penser que cette expo a surtout été conçue pour mettre à mal une certaine vision de la Bretagne. Une Bretagne celtique rayonnante, aimée, ouverte sur le monde, mystérieuse et poétique dans laquelle je me reconnais. Celle qui a fait émerger tant de petits miracles : bagadoù et cercles celtiques, festivals et festoù-noz, un rêve collectif permanent chanté par nos bardes et nos héros, engendrer nos luttes et nos résistances…

Alors pourquoi vouloir casser tout ça ? Couper la Bretagne de ses origines est une manière de l’isoler, l’asservir, la rendre pauvre et crédule comme l’a fait un certain Colbert en amputant la Bretagne des richesses de la mer, de notre mère… Notre force profonde est enfouie dans cette identité celtique, poétique et fragile, mystérieuse et inclusive. Une véritable sphère d’évasion que la nuit des temps nous a offerte sur un plateau d’argent… une alternative à la raideur de la rationalité latine. Être celtique, c’est écouter son cœur mais c’est aussi faire preuve de raisonnement, comme l’a démontré nombre d’historiens qui se sont exprimés sur le sujet. En effet, la Bretagne est profondément celtique et cette identité s’exprime à travers sa langue, ses noms de lieux, des migrations hors-normes de populations celtes au 6è siècle, ses légendes et croyances (propagation du druidisme puis, influences de l’Eglise d’Irlande), ses paysages et même des maladies génétiques (Hémochromatose)…

Alors… pourquoi ? Peut-être parce que ces historiens avaient besoin d’une certaine reconnaissance auprès d’une pseudo intelligentsia et que ces thèses correspondent aux supputations idéologiques de quelques Jacobins qui se battent en duel, quelque part à Paris, et qui ont la main mise sur les éditos de certains journaux nationaux. Peut-être…

En tout cas, je leur souhaite bon vent… et leur suggère une nouvelle idée d’expo : « Corse ? » à Ajaccio, ou « Basque ? » à Bayonne qui devrait avoir son petit succès également…^^

Alors, « Kenavo, hep distro » 

L’artiste Gwennyn a dit beaucoup de choses pertinentes, de l’ordre de ressenti et de l’instinctif. Ce qu’elle touche du doigt, sans le nommer, est simple à désigner : il s’agit de l’impérialisme du centre parisien, camouflé sous les oripeaux de l’idéologie civilisatrice des droits de l’homme, religion d’état française dont le mandarinat universitaire pense encore, comme la Sorbonne au Moyen-Âge, être tout autant le gardien que le missionnaire. Elle pense fixer le vrai et le faux, l’objectif et le subjectif, dire, implicitement, le licite et l’illicite, donc dicter l’histoire. Pour cette verbeuse université parisienne, les Bretons, sauvages jadis, ploucs aujourd’hui, doivent assumer leur qualités non-sujets historiques, se tenir silencieux, écouter et découvrir ce que eux et leur patrie sont vraiment et se contenter de n’être que l’extension de la volonté de ce mandarinat et du centre parisien qu’il sert. Car enfin, il faut bien l’université parisienne aux Bretons pour apprendre qui ils sont. 

En réalité, la France n’est plus rien, ou presque, et certainement pas une puissance en mesure d’impressionner intellectuellement, et encore moins spirituellement, les Bretons. Il n’existe probablement pas dix Bretons qui rougissent de honte devant la France, en 2022. Le temps est loin où notre peuple, sciemment plongé dans la continentalisation par Louis XIV, pouvait être limité, empêché par la force à notre seule frontière orientale avec la France, donc, à son horizon intellectuel. L’horizon spirituel des Français, c’est Cyril Hanouna. Cela suffit à clore les débats sur la question.

Les Bretons, quoique prisonniers d’une puissante aliénation sous l’effet de la colonisation française séculaire, ont retrouvé, au terme d’une révolution culturelle initiée dès l’émergence de la chouannerie, puis portée par le régionalisme au 19e siècle et enfin l’Emsav au 20e, un réel sentiment de fierté ethnique en l’espace de quarante ans, ce qui, ramené à l’échelle du temps long, est un redressement remarquable. Ils sont face à un vaste chantier de reconstruction nationale qui, en effet, balbutie, mais qui existe. Si la Bretagne n’est pas un autre Limousin, c’est bien grâce aux héros de la résistance nationale et culturelle bretonne.

Cette exposition est une opération verticale, du haut vers le bas, de Paris vers la Bretagne, qui vise, en réaction, à intimider, démoraliser le peuple breton en le faisant douter de ce dont il a pris conscience, de diaboliser ses nouvelles certitudes, de fragiliser la conscience de lui-même qu’il s’est forgé contre les efforts de l’Etat français et de son intelligentsia orgueilleuse. C’est, pour tout dire, une reprise en main coloniale symbolique de la part de l’Etat français.

Cette exposition n’est qu’un procès auquel la nation bretonne refuse de comparaître. Bien plutôt, c’est la nation bretonne qui prépare celle de l’Etat français en Bretagne.

La patrie des égorgeurs de 1793 n’a rien à enseigner aux Bretons, et encore moins la honte de leur propre peuple. En 2022, les Bretons ont appris ceci : les nations subordonnées par la France ont pris conscience d’elles-mêmes, se sont relevées, ont craché au visage du colonisateur et l’ont chassé. Il doit en aller de même en Bretagne, une fois les Bretons pleinement conscients de leur nationalité, pleinement déterminés à redevenir les maîtres de leur patrie. Petite patrie ? Certes, nous ne prétendons pas réformer l’univers, bouleverser les équilibres mondiaux, ni créer de bulle coupée du monde. Nous sommes parfaitement lucides. Mais la modestie ne doit pas mener à l’effacement, ni au reniement. Nous entendons, par respect pour nous, nos enfants et nos ancêtres, être les ordonnateurs de notre réalité, de notre terre, de ne pas tolérer de mainmise étrangère chez nBs. Bref, de chasser le pouvoir français, avec toutes ses marques, loin de Bretagne. Que ce pouvoir se console, il lui restera 63 millions de Français à gouverner et un territoire amputé de 5% de sa masse actuelle. La France, si sûre de sa force, considérera cela avec confiance.

Les Français se passent des jugements des Bretons à leur égard dont ils n’ont, à juste titre, que faire. Les Bretons ne doivent pas avoir une attitude différente. L’heure de la séparation formelle est venue. Ce que les Français feront de leur destin leur appartient. Les Bretons, eux, ne doivent pas se laisser usurper le leur par un état fini. Ils ne doivent pas davantage tolérer l’insulte faite à leur nationalité.

Le courage de l’artiste Gwennyn réside dans le fait qu’en ces temps de relativisme culturel obligatoire et de cosmopolitisme bourgeois à peu de frais, la défense d’un peuple historique est devenu, à cause de l’antiracisme de pure façade du système impérialiste, un moyen facile de faire taire les nations assujetties par Paris. Le colonialisme légitimé au nom de l’antiracisme, la France l’a pensé, l’Etat français l’a fait. 

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En ce 6 décembre 2022, 101 après la naissance de l’Irlande libre, réflexion sur la voie bretonne à suivre

En ce 6 décembre 2022, 101 après la naissance de l’Irlande libre, réflexion sur la voie bretonne à suivre

[PNB] En ce 6 décembre 2022, les patriotes bretons regardent vers l’Irlande qui, il y a 101 ans, proclamait la renaissance de son état, l’Etat libre irlandais, au terme d’une campagne armée de deux années et demi contre l’occupant anglais. Le traité, qui prévoyait la partition de l’île, a laissé l’Irlande du Nord sous occupation britannique jusqu’à aujourd’hui, ce qui provoqua, dès la signature du traité, une guerre civile entre nationalistes qui ne se terminera qu’en 1923 avec la défaite des forces anti-Traité. 

Comme l’évoque Fransez Debauvais lui-même, fondateur de Breiz Atao et du Parti Autonomiste Breton, sans l’exemple irlandais de l’insurrection de 1916 et la guerre d’indépendance de 1919-1921, les nationalistes bretons n’auraient pas formulé leur programme de rupture si nettement dès les années 1920. L’exemple irlandais eut une énorme puissance de suggestion sur les Bretons les plus conscients de leur nationalité. Indubitablement aussi, c’est l’IRA et la figure de Roger Casement qui poussèrent Célestin Lainé à croire en l’action armée clandestine comme méthode victorieuse contre une puissance impérialiste, la France, qui écrasait, et continue d’écraser, notre nation. C’est cet exemple qui le poussa à recréer la base d’une armée nationale bretonne, contre vents et marées. C’est aussi cet exemple qui déboucha sur la formation du Front de Libération de la Bretagne, avec la génération suivante.

Aujourd’hui, toutefois, si l’on ne peut que réaliser le succès politique de l’Irlande, le succès de la révolution irlandaise est en demi-teinte. L’Irlande est devenue ce que l’on peut appeler une néo-colonie du système occidental que rien ne sépare fondamentalement des autres états occidentaux. L’Irlande n’a pas, hélas, retenu les qualités de sa personnalité nationale et s’est amplement dissoute dans la culture globale américano-centrée. Tendance puissamment accélérée par la langue anglaise, dominante en Irlande, et par sa puissante diaspora américaine – 30 millions de personnes – dont le plus éminent membre n’est personne d’autre que l’actuel président américain Joe Biden.

La si catholique Irlande de Saint Patrick, l’évêque breton, s’est déchristianisée à rythme rapide. La légalisation de l’avortement ces dernières années l’illustre parfaitement, portant un coup brutal à une natalité irlandaise déjà en difficulté. Dans le même temps, sommé par le consensus politique socialiste-libéral de suivre le programme bruxellois, le pays devient un comptoir cosmopolite où les sièges sociaux des entreprises internationales se concentrent à Dublin, tandis que l’immigration du tiers-monde est puissamment encouragée pour remplacer les consommateurs et employés de service peu qualifiés que le peuple irlandais, rongé par l’individualisme et le consumérisme, n’offre plus, faute d’enfants.

Une révolution politique est le résultat d’une révolution sociale et culturelle provenant du peuple, instruit et guidé par une poignée de révolutionnaires déterminés. Les révolutionnaires irlandais n’ont pas eu de véritables descendants et l’héroïque épopée de 1916-1921, ainsi que celle d’Irlande du Nord lors des “troubles”, n’a pas empêché à l’Irlande de s’effacer progressivement au même rythme que les autres états occidentaux. 

C’est un enseignement important pour l’Emsav et le Parti National Breton. Bien entendu, l’Irlande reste dans une position infiniment plus enviable que celle des Bretons soumis à la France, en 2022. Ils disposent d’un état, ils ont conscience de former une nation. Toutefois, il s’agit bien de sauver l’essence de la nation et non pas seulement de dupliquer les institutions de l’état occupant sans refonder intégralement l’ordre social sur les valeurs réellement nationalistes que doit porter l’Emsav. L’Irlande, de ce point de vue, reste un état celtique à bâtir, spirituellement, linguistiquement, socialement, tout comme la Bretagne, à ceci près que l’Irlande n’est plus entravée par l’impérialisme anglais et peut, si elle le veut, opérer cette seconde révolution, celle des âmes, pour accoucher de l’Erin de Padrig Pearse.

Humilité toutefois, pour nous Bretons, qui avons manqué de sagesse en ne suivant pas nos héros de l’Emsav avec la même force que nombre d’Irlandais, à partir de 1919. Nous devons nous remettre au travail, conscients de nos erreurs historiques, et hâter l’œuvre de libération de notre vieille terre de Bretagne en réveillant la conscience nationale des Bretons, ou d’une fraction d’entre eux qui puisse, à l’heure cruciale, arracher la patrie de la mort que lui promet la France. Car la France, c’est la mort. En 2022, le Parti National Breton se tient fermement prêt à la lutte pour la liberté de notre nation. Beaucoup de choses se joueront durant cette décennie et prendront un tour décisif durant la décennie suivante. Pour nous, Bretons, 2032 doit être une date cardinale de rupture historique, cinq siècle après le coup d’état de 1532.

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Doctrine du nationalisme breton : Fransez Debauvais, père fondateur de la nation bretonne moderne (Chapitre 2)

Doctrine du nationalisme breton : Fransez Debauvais, père fondateur de la nation bretonne moderne (Chapitre 2)

[PNB] Le Parti National Breton poursuit la publication du portrait et de l’action de Fransez Debauvais, père fondateur de la nation bretonne moderne. Il s’agit d’un travail essentiel de formation politique. Chaque militant, chaque sympathisant, chaque patriote breton doit connaître et comprendre la tradition de l’Emsav, comment cette tradition s’est formée historiquement pour accoucher de la conscience nationale en action, et à qui ils le doivent. Les Bretons doivent à Fransez Debauvais, par son action et sa pensée, plus qu’à tout autre, la constitution de cette conscience. Sans Fransez Debauvais, Breiz Atao n’aurait pas pu avoir la profondeur de pénétration qu’il a eu et a encore, comme capital historique agissant, et l’Emsaver doit parfaitement le comprendre. Ce portrait, paru dans Ar Vro Gwirionez, en 1961, illustre toute la force d’un homme ayant consacré sa vie à un seul but : la liberté de la nation bretonne. Il permet aussi de comprendre que les acquis historiques de l’Emsav, à partir de 1919, l’ont été contre un vaste cartel politico-médiatique au service de Paris et de l’Etat français et qu’en dépit de l’extraordinaire disproportion des forces, Fransez Debauvais, guidé par une volonté de fer, a invariablement fait face aux attaques féroces des Français et de leurs agents. Les nationalistes bretons du 21e siècle affrontent des circonstances nouvelles auxquelles ils doivent répondre à la lumière de leur époque, mais sans perdre la chaîne historique qui constitue l’Emsav. Il n’y a pas de génération spontanée, leurs bras sont le prolongement actuel d’une pensée dont le créateur, certes avec d’autres, car le nationalisme n’est pas une aventure solitaire, est Fransez Debauvais. C’est en fidélité d’esprit avec les pères fondateurs que le Parti National Breton présente l’homme à qui la nation doit tant.

Dans son premier numéro de l’année 1935, Breiz Atao fait le point :

« Le soleil pâle de l’an nouveau se lève sur notre vieille terre bretonne. Encore une année de lutte qui s’achève pour allonger derrière nous tes annales de notre effort ! Les jeunes gens de 1919 sont devenus des hommes. Mais d’autres jeunes gens sont venus depuis, plus nombreux, plus instruits des choses de leur pays, et surtout mieux armés le détendre et le conduire. Ceux qui parlent da relèvement breton comme d’une tentative stérile et comme d’un « mouvement immobile » ferment volontairement les yeux sur les résultats prodigieux de nos seize années de travail. Rarement, on peut même dire jamais, aucun mouvement de réveil national n’a, comme le nôtre, en si peu de temps, réussi à modifier aussi profondément que nous l’avons fait l’âme peuple. Aucun n’a, en seize ans, bâti une doctrine politique d’affranchissement et jeté les bases d’une culture nationale, fixé une langue et donné naissance à une littérature renouvelée. Aucun, en quelques années, n’est passé des rêves imprécis des poètes aux dramatiques réalisations des sociétés secrètes. Ces considérations doivent nous remplir de fierté et de confiance. Ceux qui se plaignent de la prétendue maigreur des résultats obtenus ne se font aucune idée des choses. Voudraient-ils voir en 1935 des bataillons autonomistes défiler dans les rues, alors qu’en 1915 il n’existait peut-être pas dix Bretons assez conscients de leur personnalité nationale pour mettre en doute la légimité des services militaires qu’ils rendaient à ta France ? En réalité. le mouvement breton progresse aussi vite qu’il peut le faire sans danger. Déjà la distance qui sépare la jeune génération de celle qui, il y a trente ans, a mené de son mieux le bon combat, se met à ressembler à un fossé. La Bretagne, qui a besoin de tous ses fils, n’a aucun intérêt à ce que ce fossé s’élargisse. Pour que les anciens maintiennent le contact, pour que le peuple suive, il ne faut pas prétendre, en Bretagne, faire en vingt ans ce que les Flamands ont tait en cent ans et les Tchèques en deux cents ans. Le mouvement breton marche, et marche bien, un certain travail de classement des idées, des programmes et des personnalités s’est accompli depuis 1932. Nous arrivons à une sorte de stabilisation des groupes : nationalistes purs, fédéralistes, régionalistes, catholiques, laics, défenseurs de la langue en dehors de toute politique, releveurs des arts bretons, tous s’efforcent sur leur terrain particulier et avec leurs méthodes propres à atteindre les buts qu’ils se sont fixés. Nous avons ici assez conscience des intérêts supérieurs de la Bretagne. Nous nous sentons assez sûrs, assez torts pour envisager cet état de choses avec sérénité, et même nous en rejouir. Le relèvement de la Bretagne sera sans doute stimulé, conduit, pris en main par une minorité d’élites, capable et fanatisée. Mais il sera l’œuvre de tous les Bretons, de tous les bons Bretons, directement ou indirectement. Chacun de ceux qui sent dans sa poitrine un cœur breton, sans plus, fera sa pierre à l’édifice. Car, malgré nos divergences, nous sommes tous solidaires. Tous nous aimons ta Bretagne passionnément ; tous nous sommes prêts à lui sacrifier quelque chose. Et si. par malheur, l’aveuglement des passions partisanes nous taisait oublier que nous sommes les soldats d’une même cause, l’adversaire se chargerait bientôt de nous le rappeler. A ses yeux, il n’est ni régionalistes, ni fédéralistes, ni séparatistes, ni blancs, ni bleus, ni rouges, ni jeunes, ni vieux, il n’est que des sales caboches de Bretons qui ne veulent pas s’incliner… II n’est, comme le dit la voix populaire, que des “Breiz Atao !”.”

La politique fondamentale du P. N. B. va rester la « politique irlandaise L’exemple du « premier peuple celte à avoir recouvré sa liberté ne pouvait manquer d’inspirer les patriotes des nations-sœurs et B. A. célèbre l’anniversaire de l’insurrection de 1916 avec autant de piété et de flamme que les vétérans qui défilent. à Dublin, devant le General Post Office pour les cérémonies du Lundi de Pâques. Le numéro spécial de B. A. du 12 mai 1935 (no 223). imprimé sur six pages et totalement consacré à l’exemple irlandais, contient, sous le titre Commandements de Pâques, un texte signé J. La B.. qui indique la voie que suivra, sans désemparer, le mouvement des années d’avant-guerre. Il doit être largement cité :

« Il faut, dès à présent, songer où peut nous mener Breiz Atao. Aucun peuple n’est parvenu à se débarrasser de la domination étrangère sans souffrances et sans morts. La valeur de la foi patriotique d un homme se mesure à sa volonté de sacrifice. Le mouvement breton a longtemps piétiné parce qu’il jamais eu recours aux actes de courage libérateurs. La semaine de Pâques 1916 a tait en Irlande la rupture morale nécessaire. Le mouvement breton a trop longtemps reculé devant les ruptures morales nécessaires. Que vaut donc notre cause ? Où sont nos procès, nos prisons, nos blessures ? De toutes les leçons dont nous avons besoin en Bretagne, les leçons de courage nous font le plus défaut. Le premier bonheur, pour un peuple, c’est la liberté nationale, elle vaut d’être payée. La peur ne mène a aucune victoire. L’idée de mourir pour la Bretagne doit nous être aussi familière qu’à d’autres celle de mourir pour la France, l’Italie ou l’Irlande, un certain état d’esprit doit naitre chez nous, très élevé, très pur, très ardent, très mystique. Nous nous lèverons pour détendre nos métiers et nos champs. Mais nous risquerons le principal dans une autre pensée. On offre sa vie par amour ou par orgueil. jamais par intérêt. Il nous est égal de passer pour des tous, des criminels auprés de rieux hommes lâches qui sous le couvert de l’Etat organisent er inutiles massacres de jeunes gens. Notre devoir est de préparer le peuple breton aux événements inévitables. Il n’y a ni une année, ni une heure à perdre, si nous ne voulons pas qu’un jour se renouvelle la honte de 1914. Les Irlandais, de 1916 à 1922, ont payé leur indépendance d’un millier de morts. Les Bretons ont payé avec deux cent quarante mille cadavres le renouvellement de leur bail de servitude. Qui sont les fous ? Qui sont les sages ? Et le peuple breton nous suivra parce que nous savons ce que nous voulons. On a dit asse: aux Bretons que leur pays se mettrait et que c’était dommage. Ils le savent très bien, jusque dans la dernière chaumière. C’est un plan d’action qui les intéresse, un but idéal n’est jamais qu’un beau rêve. Le sérieux du mouvement breton réside uniquement dans les possibilités de réalisation qu’il offre. Nous. nous avons tout pesé, tout examiné, nous offrons une voie, le peuple le sent bien. Les notions de droit et de justice ne sont que des clauses de style quand elles ne sont pas appuyées sur la force. Le peuple rit des « modérés » qui comptent sur la moralité des états pour obtenir justice. Notre seul argument valable est la force. Si nous ne pouvons disposer de la force, nous comptons pour rien. Si. disposant de la force, nous assurons notre adversaire que. quoiqu’il arrive, nous ne tirerons jamais un coup de fusil, c’est comme si nous lui disions ; ne cédez rien. vous ne courez aucun danger. Seule une préparation visible et réelle à l’action de force peut donner un poids à la menace que nous représentons. Seules, en tin de compte, les grenades et les balles ont fourni aux Irlandais l’état, c’est-à-dire le moyen de sauver leur langue et d’organiser leur vie nationale. Il ne s’agit pas de nous soulever demain, ou après-demain, mais de savoir clairement où nous allons. De ne pas nous tromper nous-mêmes. Il s’agit d’étre prêts et d’inspirer confiance au peuple, parce qu’il nous sentira prêts. Et nous triompherons. Nous triompherons parce que nous serons toujours les plus forts en Bretagne, tant qu’il n’y aura pas au moins 3,300,000 Français installés sur notre sol à côté des 3,300,000 Bretons. Nous triompherons. parce que nous avons retrouvé le sens de la mission héroïque de notre race. »

On ne peut être plus clair.

En Octobre. P. G. annonce dans B. A. qu’une section de Bagadoù-Stourm sera créée pendant l’hiver à Rennes, et le 29 décembre le journal fait connaitre que la section vient de faire sa première sortie d’entraînement dans la campagne rennaise.

Il est évident que l’action nationaliste ne pouvait manquer de mettre bien des personnes, officielles ou non, en émoi, une campagne de presse va bientôt être déclenchée contre B. A.. dont les deux principaux protagonistes seront les journaux rennais La Province et Les Nouvelles Rennaises. La Province, journal de droite dirigé par Delahaye, affiche des sympathies royalistes, tandis que Les Nouvelles Rennaises,
dirigées par Etienne Nicol, sont laïques et républicaines, mais toutes deux se retrouvent côte à côte pour lutter contre les autonomistes. Il faut d’ailleurs dire que M. Delahaye ne se décida à passer à l’attaque que lorsque tous ses efforts pour embarquer les nationalistes dans la galère provincialiste de la Restauration eurent échoué : B. A. parlera même de ses premières attaques comme de la « fin d’une encombrante sympathie (17 février 1935)”. L’occasion. sinon la raison. de la campagne fut l’affaire du Monument. On sait que le 7 août 1932. Gwenn-ha-Du avait fait sauter le monument qui, dans la niche de l’Hôtel de Ville, prétendait célébrer l’ Union de la Bretagne à la France attentat dont Breiz Atao faisait célébrer, et continuera à faire célébrer, l’anniversaire par des feux de joie sur les sommets de Bretagne. Au début de 1935, à l’instigation, dit B. A., des services officiels, certains membres de la municipalité rennaise se mirent en tête de refaire un monument et firent attribuer une subvention de francs, pour études. à l’auteur du bronze détruit. Jean Boucher : Breiz Atao dit clairement ce qui allait se passer : « Peut-être (le monument) pourra-t-il étre inauguré. Peut-étre pourra-t-il demeurer quelque temps. mais nous savons que tout monument de l’union, fût-il gardé de jour et de nuit par une garde armée, sera détruit. Il est encore temps pour le Gouvernement français et pour la Municipalité de Rennes de ne pas transformer la place de l’Hôtel de Ville en camp retranché. »

Ce fut alors que La Province et Les Nouvelles Rennaises lancèrent une campagne qui ne devait cesser qu’avec l’interdiction de B. A.. et encore ! — campagne d’une violence inouïe qui ne reculait devant rien : La Province n’écrivait-elle pas que Breiz Atao aurait la pensée folle de rattacher la Bretagne l’Allemagne, comme la Sarre » (février 35). Car le trait distinctif de cette campagne fut bien qu’elle se refusa toujours à discuter honnêtement et sérieusement de la position nationaliste, mais n’eut d’autre but, ni d’autres moyens, que de représenter les nationalistes comme d’infâmes traitres vendus à une puissance étrangère. La sollicitude des services préfectoraux de M. Bodénan fait que la campagne s’étend et s’amplifie : Le Nouvelliste, le journal catholique imprimé à
Rennes, y va de son petit couplet sur les agents de l’Allemagne (mars), puis les ténors de la “grande presse” s’en mêlent : Marianne, Le Miroir du Monde, Le Temps avec Wladimir d’Ormesson ; M. Bouilloux-Lafont, dans son journal Le Finistère, ne souffre d’ailleurs pas d’être en reste, pas plus que La Dépêche de Brest avec M. Dupouy. Les attaques sont d’une telle violence que Debauvais, répondant à un article de E. Nicol, peut déclarer (29 mars 35) qu’il ne s’agit rien moins que d’un “appel à l’assassinat”. Puis les services de police interviennent : en Octobre la vente de B. A. est interdite à Paris sur la voie publique et le journal, noté parmi les publications…pornographiques, est également interdit dans les bibliothèques des gares : les vendeurs de B. A. à la criée se voient menacés de sévices. Dans le 6e arrondissement. il y a même une interdiction de vente et d’exposition dans tous les dépôts de journaux. La gendarmerie, en Bretagne, intervient pour empêcher des réunions publiques et en décembre. au projet de loi contre les Ligues, on adjoint une phrase réprimant les « atteintes à l’intégrité du territoire national phrase qui n’est évidemment pas faite pour les ligues, quelles qu’elles soient ! En février 36, la vente, distribution, etc…. de B. A. sont interdites au Maroc par le Commandant des troupes françaises, le général d’armée Corap, auquel il fut évidemment plus facile de chasser un journal autonomiste des kiosques marocains que d’arrêter les Allemands à Sedan en 1940 : c’est en effet ce même général Corap qui fut relevé de son commandement en pleine bataille (15 mai 1940) et publiquement flétri par M. Paul Reynaud au Sénat (21 mai).

Rien ne peut blesser autant les leaders nationalistes que ces accusations de trahison qu’on leur jette au visage, eux dont toute la vie, dont toute la lutte au milieu d’une atroce pauvreté, sont inspirées par une loyauté sans défaillance, par le patriotisme le plus pur. Que des journalistes « alimentaires » les salissent ainsi, peut, au fond, leur chaut : ce qui leur fait mal c’est que des Bretons, de ces Bretons auxquels ils sacrifient leur vie, puissent, de bonne foi, penser d’eux qu’ils sont des traitres, et non pas les plus fidèles des hommes. Brython, inspiré par le calvaire de Roger Casement, aura. pour les drames qui viennent, un très beau poème ( 12 mai 1935) :

Roger Casement

LE FELON

Dédié à la mémoire de Roger Casement, héros de l’indépendance irlandaise, pendu comme traitre par les Anglais.

La mer en s’en allant
M’a laissé sur le sable.
Par devant moi, nuit,
Le vent,
Et les trous noirs des fusils.
Je suis le grand félon porté par les flots gris.
Je n’aurai ni mon heure, ni mon jour.
J’ai choisi de tomber comme un chien qu’on abat.
Mon corps dans les orties, les ronces, et soUs les mouches.
Après, un tas de sable jaune, avec une croix de bois sans nom.
Il n’y aura pas de fleurs, jamais.
Et ma mère ne viendra pas.
Mes pieds RUS sur le sable froid
Comme le ciment qui m’attend, derrière la grille,
Où de mes plaies tombera goutte goutte
Mon sang,
Quand je lirai ma joie
Dans Vaube rouge de mes yeux clos.
Seul, face au fer, j’ai lancé mon cri d’homme traqué.
Béte acculée.
J’ai des frères : ils ont chanté pour ne pas m’entendre
Et mis leur tête entre leurs mains.

Cherchez dans les taillis avec vos lanternes,
Battez les branches de vos fusils,
Tirez !
D’autres viendront, portés par les flots gris,
Et mettront leurs pieds nus sur le sable,
Pour tomber eux aussi.
Tout est fini.
Mon corps est allé à la terre.
On se donnera bien du mal pour en retrouver les débris,
Dans des tamis,
Plus tard, quand on viendra le chercher avec des drapeaux
Et des fanfares.
La gloire !

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Doctrine du nationalisme breton : Fransez Debauvais, père fondateur de la nation bretonne moderne

Doctrine du nationalisme breton : Fransez Debauvais, père fondateur de la nation bretonne moderne

[PNB] Le Parti National Breton, fondé en 2021, n’est pas le fruit d’une anomalie ou du hasard, il doit être, il est le porteur d’une tradition nationaliste qui, hélas, avait été effacée pendant près de 50 ans par deux influences françaises, également toxiques et mortifères : le régionalisme et le marxisme, lesquels, en pratique, subordonnent Breizh, la nation bretonne, à la société française et à ses conceptions, préjugés et erreurs. Cette tradition est celle du nationalisme, de Breizh pour elle-même, par opposition à la Bretagne sous conditions. Nous voyons ainsi, dans ce droit fil de la colonisation française et de l’alignement régressif sur la société française portés par certains acteurs, qu’il faudrait servir la Bretagne, certes, mais dans le cadre français et surtout, “à gauche”, laquelle a d’ailleurs amorcé un spectaculaire déclin. Le nationalisme breton ne voit pas dans chaque Breton un partisan, de gauche ou de droite, il voit dans chacun d’entre eux un compatriote qui peut, s’il acquiert la pleine conscience de sa nationalité, servir notre vieille Bretagne du mieux de ses capacités. C’est ce qu’a très tôt proclamé le nationalisme breton organisé, tout d’abord en 1911 avec le Parti Nationaliste Breton, puis, en 1927, le Parti Autonomiste Breton et enfin, à partir de 1931, le Parti National Breton. Cette solide tradition nationaliste ne peut, ni ne doit être oubliée car sans elle, il ne peut y avoir de réveil de la nation bretonne. Autrement dit, les Bretons ne peuvent échapper à leurs pères fondateurs. 

Parmi les pères fondateurs de la nation, Fransez Debauvais est indubitablement l’une des figures, sinon la figure la plus éminente. Sans Fransez Debauvais et son activisme sacrificiel, la nation bretonne n’aurait pas pu formuler les bases de son idée nationale dans les faits. Les Bretons en seraient restés aux vieilleries pittoresques de carte postale et à la Paimpolaise. Lorsqu’un phraseur qui se prétend de l’Emsav – ils ne le sont jamais – ose s’en prendre, à 80 ans de distance et seulement en mots, à des hommes tels que Debauvais, il faut toujours se demander : “Mais lui, qu’a-t-il fait de si décisif pour notre patrie qui lui permette de toiser impudemment le père de l’activisme nationaliste ? Qu’apporte-t-il à la table de l’histoire de la Bretagne ?”. La réponse est invariablement la même : rien, le néant. Que celui qui tente de mordre les talons du vieux chef breton soit remis à sa place, sans manière, par les nationalistes, ramené à son insignifiance verbeuse, car, à travers ces attaques, c’est de la tradition nationaliste elle-même qui est attaquée, tradition sans laquelle il n’y aurait pas de question nationale pour commencer.

L’article qui suit est la première partie d’un portrait paru en 1959 dans Ar Vro Gwirionez, revue d’études bretonne, qui donne l’éclairage nécessaire sur la personnalité héroïque du fondateur de nation qu’est Fransez Debauvais, figure dans les pas de laquelle, un siècle plus tard, le Parti National Breton poursuit l’action nationaliste, avec la conscience du capital historique dont il est l’héritier et le reformulateur obligé, au 21e siècle. Il ne s’agit pas de nostalgie, mais de transmettre la plus longue histoire du nationalisme breton en action.

De tous les serviteurs de la Bretagne — de tous ceux qui consacrèrent à la Bretagne chaque minute de leur vie et surent encore. tout simplement mourir pour elle — Fransez DEBAUVAIS restera parmi les meilleurs, et sur la tapisserie parfois terne de notre histoire. la figure de cet humble enfant du peuple breton se détachera toujours dans un rayonnement extraordinairement pur : car si d’autres eurent peut-être plus de talent. ou plus de chance que lui, peu eurent autant d’abnégation et aussi loin le sacrifice d’eux-mêmes. Et c’est cela que, parmi les héros de notre nation, Fransez Debauvais restera, aussi longtemps qu•il y aura des Bretons en Bretagne. l’un des plus grands.

On a parfois reproché au mouvement breton d’avoir été enfanté par une romantique en mal de renouvellement. Frafisez Debauvais. fondateur et président du Parti National Breton, était un fils du peuple. Il était né à Rennes, le 31 janvier 1903. dans la populaire et populeuse rue Saint- Malo. la rue Haute comme il aimait à dire dans son parler vieux-Rennais. rue des marchandes de galettes et de gros pâté. où la langue avait, et a toujours. son inimitable accent et son incomparable saveur. Son père. trés simple. était préparateur en pharmacie, chez un qui. a vrai dire. passait une txmne part de son temps à versifier. et dont il n’est pas exclu que les bretonnes compositions aient pu influencer le jeune Debauvais. tant il vrai que les voies du Seigneur sont multiples et mystérieuses. Sa mère déballait c’est-à-dire qu’elle vendait tissus et dentelles sur les places publiques. et Debauvais, qui très tôt quitta l’école. fit avec elle les marchés de la région, jusqu’à Janzé et Châteaugiron.

Qu’est-ce qui attira Debauvais à la Bretagne ? L’école ? La rue d Ech n était ni meilleure ni pire qu’une autre. mais ce n’est assurément pas là qu’on préchait le nationalisme. Les lectures ? Il est certain que les romans de Paul Féval eurent sur lui beaucoup d’influence, mais est-ce assez décider d’une vie ? Peut-étre tout simplement cet atavisme qui faisait dire, quelque trente ans plus tard, à O. Mordrel, s’adressant au Tribunal de Rennes, qu’il y aura chez nous des rebelles tant qu’il y aura des landes et des pommiers — et aussi sans doute ce commerce quotidien et intime avec le petit peuple de la rue de Brest ou de la rue Saint-Mab. et des campagnes argileuses du pays rennais.

C’est, paradoxalement, en pleine Grande Guerre, en pleine gloire de la Marne et de Verdun, à une époque où la presse et la chaire étaient au quotidien service d’un français exacerbé, que Fransez Debauvais, solitaire et isolé de tout groupuscule breton, trouva le chemin de la Bretagne et se mit à rêver qu’un jour pourrait lui être rendue cette indépendance dont on lui avait depuis longtemps caché qu’elle eut été sienne. De temps à autre il osait livrer à ses camarades le secret de ses pensées : ceux-ci ecarquillant les yeux sans comprendre. Sans comprendre ? Qui sait ? plus d’une fois que, du fond de ces venelles rennaises ou les langes des gosses séchaient sur une ficelie tendue au-dessus d’un toit, d’une fenêtre à l’autre, venus vers Breiz Atao ses militants les plus ardents et les plus décidés.

En avril 1916 c’est le soulèvement irlandais. La presse — il faut relire les journaux — se déchaine contre « ces traitres à la solde de l’Allemagne qui osent frapper dans le dos, etc., etc.. Mais Dehauvais n’est pas de ceux qui se laissent mener, même par le quotidien d’information du matin : c’est un meneur. Et, à la nuit tombante, il s’en va placarder sur les murs de la capitale endormie son cri de patriote breton : « Vive l’Irlande : protestation que les gens sages trouveront d’une ridicule inefficacité — d’une ridicule inefficience, pour utiliser un terme à la mode — mais protestation qui, symboliquement, l’unité du monde celtique et la primauté, pour la Celtie, de ses problèmes, et montrait, et allait montrer. une fois de plus, que le sang des martyrs n’est jamais versé en vain.

Vingt ans plus tard. lui-même rappelait —dans Breiz Atao (12 mai 1936) : “C’était pendant la guerre. Mes sentiments de Breton séparatistes étaient à rude épreuve. Dans mon âme d’enfant, je sentais que la Bretagne était en train de perdre une grande occasion. J’attendais de l’lrlande un geste que mon pays ne faire. Sans réfléchir je sentais que l’lrlande, elle, ne manquerait l’occasion. Je guettais dans les journaux la moindre nouvelle la concernant. Un jour je lus qu’un bateau allemand — c’était l’Aud — avait éte depisté par les Anglais. C’était trois avant jour avant Pâques. Alors je fus certain que l’Irlande allait se soulever. Je le dis à mon père qui n’y attacha aucune importance. Mais moi, chaque jour, j’attends la nouvelle du soulèvement. Ce jour vint. Le Mardi de Pâques les journaux apprirent au monde qu’une révolte avait éclaté à Dublin. J’étais heureux. J’aurais voulu pouvoir crier ma fraternité pur les Irlandais et avec eux. La guerre, elle n’était plus à Reims ou à Arras, mais à Dublin.

« Manifester mes sentiments ! J’écrivis alors sur quelques papiers blancs, avec une petite machine écrire d enfant, ces mots : VIVE L’IRLANDE, que je collai ensuite sur un mur de la ville. Quelques jours après, le rêve était brisé, les insurgés battus, mais il y avait au moins un jeune Breton qui avait compris la leçon. Les cloches de l’armistice tendirent à la Bretagne ceux de ses fils qui n’étaient pas tombés entre I’Yser et Belfort. Ils rentraient dans un pays — au point de vue breton — totalement vide. Le premier Parti National, créé en 1911, avait disparu. Les journaux, les revues d’inspiration plus ou moins nationalistes s’étaient tus, presque tous. Il ne restait pratiquement rien. C’était le désert. Et c’est au milieu de ce désert que le 17 septembre 1918, dans cette vieille ville entêtée de Rennes, une poignée de jeunes garçons en culotte courte relèvent le gant et reprennent le combat en fondant le Groupe Régionaliste Breton dont lob de Roincé assure la présidence. Et c’est janvier de l’année suivante que parait le premier numéro d’un périodique dont le titre, tout un programme, deviendra vite un cri de ralliement : Breiz Atao ! (Bretagne toujours ! C’est Morvan Marchal qui fait marcher le journal. Autour de lui se freffent de jeunes talents : de Roincé, déjà nommé, Mordrel. Bricler. Desc’hard, Basset, Drezen, Monot et bien d’autres étudiants comme eux : le mouvement breton de l’époque moderne est lancé. Il eût, certes, des débuts modestes : le capital initial montait à 7 francs 50 (Congrès du P.A.B.. Rennes 1929). Mais le vrai capital n’était d’argent : il était d’idées. d’abnégation, de patriotisme et d’enthousiasme. Dès la fin de l’année (décembre 1919), une section de jeunes — de plus jeunes devrait-on dire — Unvaniez Yaouankiz Vreizh, est formée, et l’un de ses membres, qui devait devenir plus tard célèbre sous le nom de (Jeanne Coroller) Danio et tomber pour la Bretagne au champ d’honneur, met en chantier une Histoire de Bretagne, qu’illustrera Jeanne Malivel et qui sera le bréviaire du patriotisme de toute une génération. Et de Rennes, la vieille citadelle haute-bretonne, s’élève en faveur de la langue nationale une protestation qui ne faiblira jamais. En douze mois c’est vraiment du beau travail qui a été fait et le bon Tiercelin, dans sa poétique Hermine de Bretagne, ne manque pas de signaler à ses lecteurs – en termes tort sympathiques – l’existence du G. R. B. : “Bien qu’il n’ait tenu de Congrès, écrit Tiercelin, il me parait juste de signaler le Groupe Régtonaliste Breton, parce que cette organisation fera parler d’elle un jour. Dès maintenant les grandes lignes de sa propagande sont tracées : conserver à la Bretagne sa nationalité en intensifiant chez les Bretons le sentiment national ; intensifier ce sentiment par une propagande à la fois sur la Langue, le Costume et l’ Histoire ; retourner au génie celtique. seul compatible avec notre nationalité.

Tiercelin, en terminant, mettait ces jeunes gens en garde contre les outrances. II n’en avait pas besoin. Ils n’étaient partis au combat amour de la bagarre ou scandaliser le bourgeois. Ils étaient régionalistes — politiquement du moins — et voulaient, espéraient obtenir de la France ce qu’il fallait de liberté pour que la Bretagne ne meure pas. Donner à la nationalité bretonne, disait B. A. dans son no 3, “son plein développement, décentraliser, sera le plus sûr d’éviter que la Bretagne devienne pour notre chère patrie française une Irlande et une Vendée.” Si leur action prit une autre tournure, ce n’est pas eux qu’il faut incriminer, car il faut nécessairement être deux à vouloir pour s’entendre. Mais bientôt ces termes de “Breiz Digabestr”, de “Bretagne Libre”,qui donnaient aux gentils poètes de l’équipe de Tiercelin de bien agréables rimes, allaient devenir pour ces jeunes hommes devant lesquels l’avenir s’ouvrait des raisons de vivre – et de mourir !

Cest en janvier 1920 que Debauvais publie son premier article : dix-sept ans, il commençait jeune. Mais déjà. dans ces premières lignes. on voit pindre l’homme : « Les Bretons ddvent entreprendre la sauvegarde de leur patrimoine national une lutte ou tout intérêt particulier devra disparaitre devant Vintérèt général, celui de la Patrie Bretonne De telles paroles sont aisées à dix-sept ans. Ce qua est plus dilti- Cile est d’y rester toujours fidèle. Jusqu’à sa mort. et méme dans sa mort. Debauvais ne faillit pas. Sil les avait lues. je suis sûr qu’il aurait mis en exergue à son premter article les beaux vers de Fiac’ha dans le vieux récit irlandais :

Et il appela les hommes du pays de Ros. Et il leur dit :
— Faites encore votre devoir.
— Nous ne pouvons faire plus.
Et il leur dit : -— Crachez dans la paume de ma main. Ce qu’ils firent. Et leur salive était telle. que la moitié était de sang.
Alors il leur dit : Vous n’avez pas fait votre devoir car votre salive n’est pas toute entière de sang.

Ce Haut-Breton. qui apprendra vite la langue nationale — déjà on se réunit à quelques amis dans un grenier de la rue Saint-Malo apprendre les rudiments de la langue dans le vieux bouquin, si souvent réédité, de Fransez Vallée — n’oublie pas qu’il est fils du Pays Rennais. “Vous avez la langue, nous avons l’histoire !” dira plus tard, s’adressant aux Bas-Bretons, Olier Mordrel, dans une de ces formules concises dont il avait le secret. Et si Debauvais insiste sur l’unité profonde et vivante de la Bretagne, il demande qu’on ne soit pas obnubilé par la Basse-Bretagne, dont les calvaires et les costumes conduisent vite au folklorisme, et il pousse un cri d’alarme en faveur des paysans aux vestes de toile noire qui, déshérités et oubliés, n’en continuent pas moins, sur les Marches, à se montrer toujours Bretons ! Dévouement total à l’idéal national, intégration du génie politique haut-breton dans le mouvement de renaissance, voilà les deux points principaux de la première contribution de Debauvais à l’organe du nationalisme militant : quarante ans plus tard. ils sont
toujours d’actualité.

Dès ce moment. Debauvais fait figure de chef et, en 1920, ses amis l’élisent président de la section de Rennes de l’U. Y. V. Ce garçon, tout frais émoulu de l’école primaire, a su s’imposer aux étudiants et intellectuels qui forment le gros des troupes de Breiz Atao : il a le sens de l’organisation et une volonté de fer. « Avant la guerre, écrit-il en mai 1920, les nationalistes bretons ont vécu trop souvent dans le rêve et ils se sont hypnotisés la plus grande partie du temps sur des mots. Ce n’est pas en criant “Bretagne debout, mort aux Francs” que l’on refera de notre patrie une nation celtique, mais en ayant sur la masse une action rationnelle, méthodique, continue, pour faire du mouvement breton le mouvement de tout un peuple, un mouvement national. Sous l’impulsion de Debauvais. le mouvement breton cessera d’être « l’apanage de vieux messieurs bien rangés : directement. au champ ou au bistro, il ira, militant, au peuple.

11 rue Saint-Malo, à Rennes, où Fransez Debauvais installe le premier siège de Breiz Atao en janvier 1921

En janvier 1921, Debauvais devient administrateur de B. A., dont les bureaux s’installent au 11 de la rue Saint-Malo, domicile de ses parents. En juillet, Morvan Marchal démissionne, et Debauvais devient également rédacteur en chef. Il inaugure sa prise de possession par un article cinglant sur Duguesclin, que le maréchal Foch, appelé à Rennes par l’Association Bretonne, venait justement célébrer : les papillons qui couvrirent les murs de la ville à cette occasion mirent
quelque peu en question l’unanimité (supposée) des Bretons sur la valeur du Connétable. Breiz Atao a alors pris comme sous-titre “La Nation Bretonne”. A sa tète il a un comité de rédaction où Debauvais et Mordrel jouent vite un rôle déterminant. Si les bases historiques du nationalisme breton sont continuellement soulignées, l’équipe dirigeante prend vite conscience de l’importance du fait économique et grâce à Debauvais, à Bricler, à Tassel et à quelques autres, B. A. pourra faire un inventaire des richesses bretonnes, faire apparaitre les possibilités du pays, et justifier économiquement le nationalisme. Enfin. au point de vue culturel. B. A. s’adjoignait la collaboration de Fransez Vallée qui. lui aussi, restera toujours incorruptible. Bref. en peu de temps B. A. s’est imposé comme l’organe le plus valable du mouvement breton et a réussi à faire l’union de toutes les bonnes volontés : ses dirigeants peuvent donc, en 1922. afficher un réel optimisme : “Notre principal souci a été de rendre B. A. plus propre à pénétrer les Bretons instruits que vie notre propagande. Seules certaines idées préconçues, certains préjugés, basés sur l’erreur ou l’ignorance nous séparent deux : nous avons entrepris de les abattre en plaçant la question bretonne sur le terrain des faits. Nos idées ont gagné en clarté et en force de pénétration. Nous avons également entrepris de situer notre mouvement par rapport aux mouvements mondiaux qui l’intéressent afin d’en faire mieux saisir le sens et la portée. Par ailleurs, afin de permettre la diffusion de B. A. autrement que par la volonté de nos lecteurs, nous avons poursuivi notre effort d’organisation administrative et de propagande. La revue a été mise en vente dans un grand nombre de villes bretonnes, en même temps qu’ont été exposées des affiches.  Nous avons développé le service de propagande qui. tous les mois. envoie méthodiquement des centaines de numéros-spécimen dans les quatre coins de la Bretagne. Enfin nous avons commencé l’organisation de centres de diffusion là ou l’idée nationale compte des amis dévoués. Les résultats sont sensibles. Depuis juin dernier le nombre de nos abonnés a doublé, notre tirage a plus que triplé, nos dépenses et nos recettes ont augmenté de 400%.”

Au cours de l’année. Marchal revient à la direction de B. A. et, son influence et celle de Mordrel, le journal se transforme, cessant en fait d’être journal devenir revue. C’est le renouveau de l’interceltisme : on veut s’inspirer de la pensée des Celtes, retourner aux sources de la pureté primitive (ne pas oublier que les Sketla Segobrani paraissent en 1923) surtout renouer avec tous les nationalistes celtes. Marchal et Mordrel voyagent en Irlande, Meavenn ira bientôt y faire un séjour prolongé. Millardet s’y établir, on noue des relations avec l’Ecosse et surtout, en mars 1923, Bricler fait un mémorable voyage au Pays de Galles et jette les bases d’une collaboration étroite et confiante avec les patriotes gallois qui, notons-le bien, n’ont pas encore créé de Parti National, et auxquels Breiz Atao va permettre de faire connaitre leur point de vue. B. A. devient donc alors une revue d’études interceltique, avec des articles en gallois et en anglais. C’était une évolution en un soi intéressante et loin d’être dénuée d’intérêt pratique (comme on le réalisera aux jours sombres de 44-45). mais aussi, à un autre de vue, dangereuse : car B. A. cessait d’être une publication populaire et consacrait un assez grand nombre de ses pages à des langues inconnues des trois quarts de ses lecteurs, alors qu’il y avait un besoin urgent de propager le nationalisme dans les masses laborieuses de Bretagne. On s’en rendit vite compte et la direction décida alors de faire deux éditions. L’une spécialement consacrée aux questions celtiques. Mais les finances réduites d’un jeune journal ne pouvaient supporter longtemps pareil effort. Dès la fin de 1923 la caisse se trouve dangereusement vide et il faudra bien délaisser l’édition interceltique. Néanmoins, un mouvement était lancé et les relations entre la Bretagne et la Celtie ne cessèrent plus dès lors : l’interceltisme s’était affirmé comme un élément de base du nationalisme breton et son importance, nous l’avons dit, est loin d’être toujours restée théorique.

(A suivre.) 

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Breton, agis ! Rejoins le Parti !

Breton, agis ! Rejoins le Parti !

[PNB] L’heure n’est plus à la tergiversation, la nation bretonne est à la croisée des chemins. La France n’est plus qu’une ombre, sa déliquescence, désormais irréversible, n’en menace pas moins Breizh !

La patrie a besoin d’hommes nouveaux, animés de conceptions à la fois archaïques et nouvelles. Ces conceptions sont celles d’une nation bretonne consciente et agissante, à la fois enracinée dans sa tradition et projetée dans sa modernité, ce au moment même où les états, et non les nations, disparaissent, englouties par la chute finale du démocratisme individualiste et sa société utilitariste de consommation.

Breizh a besoin de héros qui portent la flamme de l’esprit antique breton pour redresser la nation. C’est ce que veut faire le Parti National Breton, en brandissant la flamme nationaliste au moment le plus obscur que traverse le peuple breton, dénationalisé, déraciné, maintenu dans l’aliénation par une France arrogante acquise à la barbarie.

Breton, tu ne dois pas attendre un miracle, mais agir avec idéal et discipline !

Chaque jour compte !

Rejoins le Parti, ton seul parti, celui de la patrie, et par ton engagement contribues à la victoire décisive de ton peuple. La nation bretonne n’aura pas d’autre chance. 

Breizh Atav !

Le Kuzul Meur du Parti National Breton

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Ni droitisme, ni gauchisme. Un seul ennemi pour la nation bretonne : l’Etat français, son régime et sa société !

Ni droitisme, ni gauchisme. Un seul ennemi pour la nation bretonne : l’Etat français, son régime et sa société !

[PNB] Depuis la Révolution française, gauchisme et droitisme ont constitué les deux principaux obstacles dressés sur la voie de l’émergence de la conscience nationale bretonne. Soumise à l’Etat français et à sa bourgeoisie, donc à ses contradictions, la Bretagne a été le théâtre secondaire de cette guerre civile entre droite et gauche hexagonales. Le Parti National Breton s’est constitué pour dépasser cette contradiction, en se donnant pour but d’arracher les Bretons nationalement conscients à cette dialectique française.

La dérive gauchiste est bien connue en Bretagne. Elle entraîne organiquement la collusion d’éléments s’autoproclamant “bretons” avec les diverses factions de la gauche hexagonale. La dérive droitiste, moins remarquable car beaucoup plus isolée socialement, a régulièrement tenté d’entraîner un certain nombre de Bretons dans le camp de la réaction française. Car une barricade n’a que deux côtés et si l’on raisonne en termes d’affrontement contre la gauche (française), on finit invariablement par promouvoir un rapprochement, honteux ou assumé, avec des éléments réactionnaires de la droite française. 

Les prétextes sont connus depuis un quart de siècle dans ce registre : le pragmatisme et le bougisme qui, en pratique, ne sont rien d’autre qu’une forme de l’opportunisme. Le produit en est toujours sur une formule hétéroclite régionalisante où chacun est convié à participer sans regard pour la théorie, tant que l’on se classe “à droite”. Deux notions sont habituellement convoquées pour justifier ce genre de bricolage : l’opposition à l’immigration extra-européenne et une vague référence à “l’identité bretonne et européenne”. Rien de nouveau là-dedans, du Mouvement Régionaliste de Bretagne, excroissance du MNR de Bruno Mégret (Nouvelle Droite) à Jeune Bretagne (régionaliste), le droitisme a usé de ce véhicule.  Le premier effet, c’est que se bousculent dans ce genre de véhicules droitistes des Français établis en Bretagne qui ne tardent pas à revendiquer la même légitimité que les Bretons sur leurs terres. 

Très vite, dans la pratique, les affinités droitistes priment la question nationale bretonne, qui n’est en réalité que tolérée si elle n’est pas posée. Il n’est pas question d’affronter la France et son état, encore moins son colonialisme, mais, bien au contraire, de se rapprocher des éléments droitistes français pour faire “cause commune”. Dans une Bretagne occupée par la France, cela revient à servir de supplétifs à l’occupant français, au profit de l’un de ses camps politiques.

Ce n’est pas peu dire que le thème vaporeux de “l’Europe”, en Bretagne, a agité le régionalisme depuis un siècle. Pour les fédéralistes, elle serait l’entité qui, magiquement, encagerait la France dans un ensemble capable de réduire l’ADN impérialiste de son état et desserrer son étau sur la Bretagne. Pour les droitistes du régionalisme breton, c’est un horizon que l’on exalte pour dépasser la nation française sans avoir à assumer la confrontation nationale avec la France, confrontation qui hypothèquerait les rapprochements avec la réaction française qu’ils recherchent par ailleurs. L’avantage de l’Europe, comme idée molle, c’est d’entretenir le flou artistique nécessaire à toutes les ambigüités et d’éviter ainsi la seule question qui importe : la lutte de libération nationale. 

Le Parti National Breton ne nourrit pas ce genre d’illusions. Il désigne l’ennemi en termes clairs : l’Etat français, son régime, peu importe les factions et les partis. Aucun des moulins à prières agités pendant plus de cent ans par les adeptes bretons de l’illusion européenne n’ont permis à la Bretagne de faire un seul pas en direction de la liberté et de la souveraineté nationale. En Bretagne, le mot Europe est toujours brandi par des gens qui refusent d’assumer le paradigme politique de la nation bretonne en lutte contre l’occupant français. 

Pour le Parti National Breton, la nation bretonne doit tirer les conclusions de son histoire : son salut ne viendra que d’elle seule, contre la France occupante, état et société irréversiblement condamnées à aller au bout de leur logique formulée en 1789. Former l’unité ethno-nationale “verticale” des Bretons en dépassant le clivage “transversal” droite/gauche de la société française est à l’enjeu stratégique. Comme d’autres nations européennes, la nation doit trouver en elle la force nécessaire au salut du peuple. Cela passe par le rejet radical de l’influence française, de récuser toute participation active à la société française, et encore moins de se subordonner à ses factions.

Breizh Atav !

Pour le Kuzul Meur du Parti National Breton

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Maîtres ou victimes ? Réponse du PNB à ceux qui doutent de la victoire de la nation bretonne

Maîtres ou victimes ? Réponse du PNB à ceux qui doutent de la victoire de la nation bretonne

[PNB] Ceci est une réponse à un Breton sur la question de la responsabilité bretonne face à la dénationalisation des Bretons par l’Etat français. Elle permet d’éclairer l’approche morale de la question nationale bretonne par le Parti National Breton.

Premièrement, vous dites que “rien n’est à reprocher aux Français” et développez le point de vue selon lequel la force fait le droit. La force fait le fait, elle ne fait pas la justice. Si un cambrioleur pénètre dans votre domicile, vous frappe et vous entrave, puis, sous le chantage, vous convainc de lui donner les clefs de votre coffre avant de s’en aller avec votre argent, auriez-vous pour réflexe de dire qu’il est dans son droit car il sait bien voler et que tout est en ordre, ou que vous êtes la victime d’un brigand et que vous entendez obtenir justice ?

Ce qui vaut pour les personnes vaut pour les peuples. La situation des Bretons actuelle n’est pas un phénomène spontané, mais le résultat d’une politique hostile par un état criminel adepte de la rapine. Tel est le code génétique de l’état français. Culpabiliser le peuple breton d’avoir été annexé, pacifié sauvagement, exploité, mis en accusation pour ce qu’il est, c’est-à-dire un peuple celte, privé d’être ce qu’il est, reviendrait à citer à comparaître la victime d’un viol tout en exonérant le violeur. 

Lorsque vous dites qu’il ne faut pas se plaindre des agissements de l’ennemi, mais le combattre, nous vous répondons : pourquoi le qualifiez d’ennemi en premier lieu si ses agissements ne peuvent jamais être dénoncés par ses victimes ? Dénoncer l’injustice subie est le préalable à toute résistance. Contrairement à ce que vous affirmez, c’est parce que les Bretons consentent à souffrir en silence devant le fait accompli, prêtant au plus fort de l’heure le droit à l’injustice, qu’ils ne se défendent pas. En d’autres termes, les Bretons appliquent avec beaucoup trop d’application ce que vous suggérez.

Une fois que vous posez ce cadre biaisé comme préalable à la réflexion sur la situation du peuple breton, les erreurs d’analyse ne peuvent que se succéder. Vous dites ainsi que la faute “n’est jamais le fait de l’extérieur”, mais “toujours de faiblesse interne”, c’est-à-dire que les Bretons seraient les seuls responsables de leur situation présente. Ce postulat est erroné, mais comme vous portez le blâme aux pieds des Bretons, cette conclusion incorrecte est inévitable. Le peuple breton n’évolue pas dans un univers d’abstractions théoriques mais dans un espace concret où il affronte un état, avec ses contraintes géographiques, économiques, subissant les dynamiques inter étatiques, puisque lui-même dépourvu d’état, influencé par les grands mouvements idéologiques et sociaux qui façonnent les peuples et les sociétés. La combattivité du peuple breton n’est pas en cause, après un millénaire de lutte incessante contre la France d’état à état du 5ème au 16ème siècle, puis de résistance parlementaire jusqu’en 1789 et armée jusqu’en 1815. Une résistance héroïque seulement comparable à la résistance germanique à la France sur la même durée, mais à un contre dix le dos à la mer ! En vérité, peu de peuples ont tenu tête avec autant de détermination dans des condition si défavorables.

Il suffit de citer les cas de peuples qui, face au même état, n’ont pas mieux réussi que les Bretons à monter une organisation durable. Ainsi, les Alsaciens, part du peuple allemand qu’on ne peut décemment pas réduire à une masse sans volonté, ont été brutalement pacifiés, colonisés et soumis par l’empire français, avec une violence et une radicalité plus exacerbées encore que celles subies par les Bretons. En dépit d’une communauté germanique forte de 100 millions d’hommes, la rive gauche du Rhin demeure fermement entre les mains de Paris et la langue germanique alsacienne s’y éteint rapidement. Les Catalans, au sud des Pyrénées, sont à quelques années de l’indépendance nationale. Au nord, sous domination française, ils n’ont aucune vie politique organisée. Il en va de même des Basques. La Savoie, annexée au 19e siècle, en dépit d’une longue histoire étatique et d’une Suisse proche particulièrement dynamique, reste une dépendance française docile. Les Flamands, malgré la vigoureuse résistance de leurs compatriotes en Belgique, ne montent aucune opposition. Ce n’est pas dans les peuples asservis qu’il faut chercher la cause de leurs malheurs, mais dans les conditions extraordinairement défavorables dans lesquelles ils évoluent et à la nature de l’ennemi qu’ils affrontent.

Vous évoquez la “bêtise bretonne bien connue”. Les Bretons peuvent commettre des erreurs, certains d’entre eux peuvent être bêtes, plus souvent naïfs, car fondamentalement bons, généreux et bien disposés à l’égard des autres. Se plaindre que les Bretons n’aient pas le vice cynique des Latins truqueurs et calculateurs ne nous semble pas être de nature à changer quoi que soit, car demain les Bretons ne seront pas plus portés à mimer les Français qu’aujourd’hui dans ce registre. En outre, cette “bêtise” ne tient pas davantage : les Bretons du Pays de Galles sont organisés en corps de nation, bénéficient désormais d’une large autonomie intérieure, ont réussi à sauver leur langue. Ces trois millions de Gallois ont démontré ce que valent les Bretons, mais aussi ce que vaut l’état français, indirectement. Nous voyons, avec l’exemple des Bretons gallois, que c’est bien la nature de l’état ennemi qui est le facteur décisif et non pas les faiblesses ou manquements des Bretons qui, pris en eux-mêmes, n’expliquent rien.

Quelle est la nature de cet état ? Cet état reprend le contrat social de l’état romain qui articule assimilation linguistique et sociale et subordination politique. L’empire ne vient pas les mains vides. Au bâton culturel s’ajoute la carotte de l’ascension sociale offerte par l’empire aux sujets conquis.  En 1789, les révolutionnaires français ont consciemment voulu recréer l’empire romain sur les ruines de l’état monarchique français. Les penseurs de la révolution française n’en ont jamais fait mystère. Avant 1789, les Bretons, certes conquis, étaient encore reconnus comme peuple par la couronne française qui se limitait à l’antique subordination féodale des représentants du peuple breton à la personne du roi de France. Peu importe, pour le roi de France, la langue ou la nationalité de ses sujets tant que ces sujets étaient subordonnés politiquement. En abattant le lien personnel comme base de sa légitimité politique, l’état français révolutionnaire fait face à un défaut permanent de légitimité. Ce n’est plus à un monarque que va la loyauté, mais à l’état qui se veut le porteur d’un millénarisme idéologique codifié par la déclaration des droits de l’homme, véritable religion qui ne tolère aucune divergence. Toute divergence idéologique avec les proclamations de 1789 ne peut aboutir, à terme, qu’à une rupture politique, donc au sécessionnisme. Pour s’assurer qu’aucune sécession n’advienne, l’état révolutionnaire sort de l’espace politique traditionnel pour déborder dans l’espace social et culturel afin de procéder à une révolution culturelle articulant politique, idéologie et culture. Dans ce domaine, la France révolutionnaire a préfiguré toutes les expérimentations ultérieures du communisme, de l’URSS à la Chine maoïste en passant par le Cambodge des Khmers Rouges. Pour être politiquement intégré, le sujet colonisé doit devenir une simple copie normée par la périphérie culturelle du centre impérial. Il faut souligner à quel point cette massification recherchée par le système jacobin français est barbare et primitive, reposant sur un principe fondamentalement dénué d’élévation morale, réduisant l’homme à sa dimension matérielle et biologique la plus élémentaire, celui de la masse qui attire la masse, détruisant les libertés et caractères des peuples pour assouvir un délire de puissance névrotique que rien n’étanche et qu’on ne peut comparer qu’à un de ces trous noirs du vide spatial. 

Cette obligation au mimétisme par un lavage de cerveau collectif contre les groupes ethniques ciblés n’est pas négociable pour l’impérialisme français issu du millénarisme de 1789. Sinon, la fragmentation de sa superstructure idéologique et culturelle précipite celle de son état. 

Vous évoquez, dans la société bretonne sous influence française, le fait que rien, fondamentalement, ne distingue dans leurs valeurs les initiatives “bretonnes” (Diwan, etc.) des valeurs portées par la bourgeoisie française. Comment pourrait-il en être autrement quand le média (la langue) est perçue par les éléments bretons assimilés à la bourgeoisie française comme une fin en soi parfaitement dissociable de l’état de sujétion coloniale du peuple breton ? Le tropisme linguistique constitue depuis longtemps, pour les Bretons qui refusent de poser la question nationale, tant une échappatoire qu’une impasse. Pourquoi, parce qu’étant pleinement intégrés dans le giron de la bourgeoisie française, la rupture sociale est redoutée par eux comme un facteur de déclassement, ce qui nous rappelle que la francisation a été consentie par la bourgeoisie bretonne car elle présupposait l’accès à la société impériale française qui, au 18ème et surtout au 19ème et au 20ème siècle, est celle de la deuxième puissance de la planète (jusqu’en 1940). “Revenir” à Breizh, pensent-ils, c’est régresser socialement et économiquement, c’est perdre des débouchés individuels. Ces bourgeois bretons acceptent de troquer les droits collectifs, c’est-à-dire nationaux du peuple breton, pour assurer leurs privilèges individuels dans le cadre français. Ainsi donc, l’idéologie eschatologique du progrès portée par le centre révolutionnaire parisien n’est pas seulement théorique en Bretagne, elle est aussi, en pratique, une pratique sociale qui se traduit, pour les masses bretonnes dirigées par la bourgeoisie, comme la certitude que la frontière française est une source de prospérité économique individuelle. C’est ce complexe d’infériorité sociale acquis et la perception de la frontière continentale orientale comme seul horizon pour des masses paysannes et sa bourgeoisie enclavées qui structure les représentations mentales collectives en Bretagne. C’est cette colonisation géographique mentale avec laquelle il faut en finir, ce qui suppose, évidemment, de poser la question bretonne dans son cadre national et de présenter la faillite de l’état révolutionnaire français comme le nouveau vecteur de la régression sociale en Bretagne.

Il faut certes pratiquer l’autocritique, évaluer les erreurs commises et les corriger. Il ne faut pas faire preuve de complaisance à l’égard de la bourgeoisie bretonne francophile qui est le relais principal de la colonisation française et qui doit, à ce titre, être prioritairement combattue, avant même l’état français qui, sans elle, ne pourrait rien en Bretagne. Mais l’autocritique ne doit pas devenir une auto condamnation de principe. Plus important encore, la désignation de l’ennemi ne peut, à aucun moment, viser les Bretons en lieu et place de l’état français. Imagine-t-on un instant, en dépit des faiblesses ou des trahisons, les nationalistes irlandais ou vietnamiens faire de leur peuple l’ennemi principal plutôt que les empires britannique ou français ? Non, bien sûr.

Pour conclure, à propos du “victimisme” évoqué, il y a une différence fondamentale entre se complaire dans une attitude passive face à une injustice dont on est victime, à geindre d’impuissance donc, ou à justifier de ses échecs présents par un préjudice subi dans le passé, et dénoncer et combattre une injustice qui est une réalité quotidienne pour la dépasser. Un esclave haïtien avait-il tort de dénoncer son statut d’esclave avant de se révolter victorieusement contre les Français ? Non, encore une fois. En revanche, le nationalisme breton, pour réveiller dans l’homme breton sa nature de seigneur et maître de sa terre ancestrale et de son futur, doit résolument combattre les éléments faibles et ethno-psychologiquement désarticulés du peuple breton qui, accoutumés à l’état de sujétion coloniale, en viennent à s’identifier à tous les vaincus et ratés passant à portée de main. Ces éléments aliénés devenus addicts à l’irresponsabilité ne cherchent pas à se libérer, mais à proroger l’aliénation en la rendant moralement et psychologiquement confortable. Cela, en effet, doit être rejeté et ardemment pourfendu en Bretagne par les nationalistes. La dignité bretonne commande de récuser toute identification à une culture de l’échec systématique et d’opposer une fin de non-recevoir à toute sommation de fondre la nation bretonne dans un fourretout syndical de tout ce qui peut échouer et pleurer. Cette spécialité revient d’ailleurs à l’arrière-ban des ploucs du marxisme en Bretagne, généralement drogués et alcooliques eux-mêmes en plus d’être fonctionnarisés par le guichet colonial français, c’est-à-dire de vivre dans la contradiction permanente d’esclave-protestataire consentant. 

Les Bretons doivent acquérir une conscience nationale, ce qui suppose de rompre socialement, économiquement, politiquement avec l’état français et conquérir de cette façon l’espace intérieur nécessaire à la renaissance de l’être historique brittonique. Ils doivent vouloir redevenir les maîtres de leur terre. Le parti français, incarné par la bourgeoisie bretonne francophile et francisée, est le parti à combattre pour y parvenir et ce combat doit être présenté en termes de nation contre nation aux Bretons, afin qu’ils choisissent leur camp, les circonstances objectives, la faillite de l’état révolutionnaire, les contraignant à sortir de l’attentisme de confort ou de la collaboration antinationale.

Ajoutons enfin que l’état révolutionnaire français a déjà perdu cette guerre de libération, car en organisant l’immigration de masse depuis ses anciennes colonies et en échouant à assimiler ces masses, il a dû renoncer à l’articulation assimilation-soumission qui fondait la théorie et la pratique de l’impérialisme français. Le bouleversement démographique fait le reste. Le démantèlement de l’empire français a connu plusieurs dates fatidiques : l’arrêt de son expansion en Europe en 1815 malgré les tentatives de 1870 et 1914 d’inverser cette tendance, la destruction de son empire colonial à partir de 1940 et le début du reflux avec la chute de Dien Bien Phu en 1954. En moins de 60 ans, les impérialistes français sont passés des tranchées des cuvettes du Nord-Vietnam à la débandade dans la périphérie parisienne face à ses anciens sujets coloniaux d’Afrique. Premiers conquis avec les Bourguignons, car à l’extrême proximité du centre impérial, les Bretons seront également les derniers libérés, mais libres ils seront. Les Français auront attiré sur eux, par leurs choix historiques, un impitoyable et inéluctable châtiment. Les nationalistes bretons se contentent, patriotiquement, de s’adapter à la nouvelle constellation politique. Le rôle du PNB est d’organiser cette offensive finale de la nation bretonne contre le centre impérialiste et de précipiter par leur action la destruction de l’état français, cette erreur géopolitique qui, depuis le traité de Verdun, pèse comme une malédiction sur l’Europe. Quand le dénouement sera enfin visible pour tous, Paris regrettera longtemps d’avoir jamais annexé la Bretagne.

Confiance et détermination, les nationalistes bretons doivent avancer avec le calme de ceux qui marchent vers la victoire, sans regard pour les difficultés, avec une conception claire de leur action historique. 

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